J+20 ou quand Noël sonne avec Bonnes nouvelles

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Cela fait un mois que je n’ai pas repris la plume. Un mois que j’ai délaissé ce blog… volontairement. Une façon de faire une pause, de souffler après cette première étape qui, je le sais, n’est pas et ne sera pas la dernière.
Il est temps de m’y remettre maintenant: le combat continue.
Si je reviens un peu en arrière, cela fait 3 semaines… 3 semaines déjà que la première bataille a eu lieu: non sans crainte, non sans angoisse, non sans blessure ni cicatrice. Mais on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs paraît-il… Nous sommes le 18 Décembre 2013.
Je peux, à ce jour, déjà faire un premier bilan, me retourner et me dire: « Ouaouh! Déjà tant de chemin en si peu de temps! »
Un bilan physique aussi: compter mes bobos, leur cicatrisation, les transformations qu’ils ont imposées à mon corps: l’un ici, l’autre là… je les connais par coeur désormais ces marques. Je les ai regardées longuement, souvent. Je les ai touchées aussi…timidement d’abord, non sans un certain dégoût ou écoeurement. Elles ne me font plus peur désormais. Je les ai apprivoisées, elles font partie de moi. Elles sont la preuve que je me suis battue, que je me bats encore. Toute ma vie durant, elles me rappelleront qu’elles ont été mes alliées; que c’est par elles que tout ou presque s’est joué. Elles ont permis aux troupes d’aller dénicher l’ennemi dans son terrier… je les aime désormais.
Aujourd’hui, c’est la première fois que je retourne à Curie depuis mon opération. Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai: j’y suis repassée en coup de vent à 2 reprises en fait. La cicatrice du ganglion sentinelle était plus que gonflée: une sorte de grosse boule s’était formée tout autour. Un lymphocèle: accumulation de lymphe. Apparemment courant, cela me gênait pas mal. Du coup, quand on m’a dit: « Pas de problème, je vais vous ponctionner!…je vais piquer dans la cicatrice, vous ne sentirez presque rien », j’ai un peu douté de la santé mentale de l’interne qui venait de prononcer ces mots. J’ai eu peur d’avoir mal, comme à chaque fois; puis quand elle a piqué et qu’effectivement la douleur a été quasi inexistante, me suis dit qu’il était vraiment temps que je leur fasse confiance. Résultat: 60 cc de lymphe ponctionnée à chaque passage.
Mais cette fois, il s’agit de mon rendez-vous postopératoire: celui où l’on va pouvoir se dire « Champagne ou vinaigre ».
11h: chirurgien
12h10: radiothérapeute.
J’arrive dans la salle d’attente. Une dizaine de personnes sont déjà là mais je ne suis pas inquiète puisqu’à chaque fois les choses se sont passées comme ça et qu’à chaque fois l’attente a été brève. Sauf que cette fois-ci, ce sera l’exception qui confirme la règle. Je ne le sais pas encore, mais l’attente sera longue…très longue: 2h30!
Du coup, l’assistante du chirurgien me proposera de me rendre à la consultation de radiothérapie avant celle postopératoire.
Durant ma longue attente, j’observe ces femmes qui occupent les chaises: elles sont toutes d’âges sensiblement proches. Je suis de loin la plus jeune. Encore une fois, les regards interrogatifs se posent sur moi. Comme si, à 38 ans, on n’avait pas sa place ici. Je suis assez d’accord avec ça, à ceci près que ça ne devrait être la place de personne selon moi, quel que soit l’âge. La plupart ont les cheveux courts et clairsemés ou portent des perruques et turbans en tous genres.
L’une d’elles entre dans la salle et vient s’asseoir à côté de moi. Elle porte un foulard noué sur la nuque; elle n’a plus de sourcil, plus de cil non plus. Du coup, je ne sais pas trop lui donner d’âge derrière ses petites lunettes rondes.
Elle entame la conversation:
– « Vous attendez depuis longtemps? »
– « Environ 1h30. Il semblerait qu’il y ait beaucoup de retard… »
– « Ah oui en effet!… c’est un peu comme en chimio » me dit-elle avec un sourire complice.
– « Ah je ne sais pas… je n’ai pas encore eu droit à ces réjouissances. C’est la prochaine étape pour moi »
– « Ah bon…mais, vous êtes là pour le sein aussi? Vous avez déjà été opérée? »
– « Oui oui suis là pour le sein…et l’opération a déjà eu lieu. Je viens pour mon rendez-vous postopératoire »
– « Oh la la…mais vous êtes tellement jeune!… moi je n’ai pas encore été opérée. Je fais de la chimio avant, parce que la tumeur est trop volumineuse: 6cm… mais depuis juillet que j’ai commencé les séances, elle est passée à 3cm. »
Elle me dit tout ça avec un calme et une sérénité incroyables.
– « J’ai 38 ans » je lui confie alors. « Ma tumeur ne faisait qu’1 cm ».
– « Ah vous faites beaucoup plus jeune…oh bah vous ça va; vous allez vous en sortir ».
Le genre de phrase qui te fait du bien, mais que tu détestes aussi, tant elles sont gratuites et infondées. Les cimetières sont plein de femmes à qui on avait prédit qu’elles allaient s’en sortir hein…
Je lui souris et acquiesce. Je n’ai pas envie de rentrer dans ce débat et de lui dire que je connais des femmes qui ont eu un cancer avec les mêmes caractéristiques que le mien et qui se battent encore plus de 10 ans après: Hélène est l’une d’entre elles. Dieu merci, elle est toujours là, mais elle est la preuve vivante que parfois, on ne s’en sort pas si facilement d’un cancer du sein de seulement 1cm ou presque…
Elle est si gentille cette femme, si sereine en me racontant son histoire, son crabe qui touche en fait ses 2 seins de façon importante, sa vie qui est, d’après ses dires, derrière elle et qu’elle sait menacée pour ne pas dire « condamnée ». J’admire sa force, son sourire, sa façon de me rassurer même. – « Vous aviez rendez vous à quelle heure? » me demande-t-elle.
– « 11 heures »
– « Ah… moi c’était 10h10. Mais vous savez quoi?… je vous laisse ma place. Je n’ai plus rien à perdre ni attendre moi. Alors que vous… »
Je refuse catégoriquement sa gentille proposition. S’ensuit alors une joute verbale entre elle et moi; chacune faisant valoir ses arguments: elle pour que je prenne sa place, moi pour que je lui laisse.
L’assistante du chirurgien arrive alors vers moi et me sauve de cette bagarre de courtoisie:
– « Vous pouvez vous rendre à la consultation de radiothérapie Madame Schmitt, parce qu’il y a encore 5 personnes avant vous. Vous reviendrez ensuite pour celle avec le Dr N. »
Mon chirurgien est parti en congé maternité il y a une semaine; du coup, c’est sa collègue qui va me recevoir pour le compte rendu.
Pour le moment, je file à la rencontre du Dr C. C’est notre 2ème rendez-vous. Elle est toujours aussi jeune, aussi timide.
Elle inspecte les cicatrices et constate que la cicatrisation est bien entamée et que les marques sont peu visibles.
C’est le moment du verdict.
– « Bien… Comme a dû vous le dire votre chirurgien que vous venez de voir… »
Je la coupe immédiatement, histoire qu’elle ne commette pas de gaffe.
– « Non justement… je ne l’ai pas encore vue. Elle a beaucoup de retard. Je dois la voir juste après vous. »
Cela ne semble pas la perturber outre mesure. Elle me sourit et poursuit:
– « Nous avons les résultats de l’analyse de la tumeur et des ganglions sentinelles: la zone de sécurité autour de la tumeur ne montre aucune cellule cancéreuse et les ganglions sont sains. »
J’étais en apnée depuis le début de sa phrase. J’expire enfin.
– « De plus, la tumeur est en fait de grade 2 et non 3 comme indiqué lors de la biopsie. »
C’est bon ça! C’est même très bon!!
– « Du coup, il y a de fortes chances que vous n’ayez pas besoin de chimiothérapie. Votre dossier va être rediscuté en commission vendredi 20 décembre et vous verrez le médecin oncologue lundi 23. Il vous donnera la décision finale. »
Je me pince discrètement pour être sure que je ne rêve pas.
– « Néanmoins, rien est encore définitif hein. Donc mieux vaut tout de même vous préparer à une éventuelle chimio. Quant à la radiothérapie, nous avons prévu pour vous 33 séances: 25 sur tout le sein et 8 plus particulièrement sur la zone opérée.
Elles auront lieu tous les jours, du lundi au vendredi. Il faudra donc compter 7 semaines de rayons. »
J’écoute, impassible… A tort ou à raison, cela ne me fait pas peur. Du moins, pas autant que la chimio qui pour le moment n’est peut être plus. C’est tout ce qui compte, tout ce que je retiens; mais je sens qu’il va tout de même falloir me renseigner sur les effets secondaires de mon futur passage à Tchernobyl City. Ça risque de ne pas être si simple à vivre que cela. Prudence Val… S’agirait pas de tomber dans un truc pire au final, mais sans y avoir été préparée.
Elle me sort de mes pensées et poursuit…
– « Durant le traitement, vous ne pourrez rien appliquer sur votre peau, sur la zone de radiations. Après, je vous donnerai une crème qu’il faudra déposer en massant pour que l’aspect soit plus esthétique. Les rayons donnent un aspect un peu… cartonné à la peau. »
Et ben super!… vais me retrouver avec un nichon en papier mâché quoi?!
Elle me précise que l’on me laissera tranquille durant les vacances de Noël et que je peux en profiter pour hydrater et préparer la zone un maximum avant.
Elle dit tout cela avec un air tellement désolé et timide que cela donne l’impression qu’il s’agit de sa première consultation. J’ai limite envie d’inverser les rôles et de la rassurer en lui disant:
– « Vous inquiétez pas Docteur, ça va aller ».
Je sors de sa salle de consultation et file à mon rendez vous initial.
Je suis prise de suite. Même procédé: j’arrive devant le Dr N. torse nu. Elle m’examine, me félicite sur mes cicatrices (comme si j’y étais pour quelque chose), me dit qu’elles ne se verront bientôt plus; coupe un fil qui dépasse encore et me reprécise ce que la radiothérapeute m’a annoncée 10 minutes plus tôt: peut être pas de chimio pour moi.
Encore 5 jours à attendre pour le verdict, mais cette idée ultra positive fait ma journée.
Elle décide alors de me parler de mon Crépin en détail. C’est vrai qu’il a été disséqué sous toutes les coutures celui là: carcinome canalaire infiltrant d’à peine 1 cm, rétrogradé en grade 2, ganglions et périphérie tumorale sains… (la honte Crépin!! Franchement, la honte!).
Comme me l’a dit mon meilleur ami:
– « Plus ça va, plus il rétrograde ton cancer. D’ici qu’ils te disent qu’ils ont tout inventé juste pour voir tes nichons! »
Si seulement…. ça m’aura au moins bien fait rire.
5 minutes. Cette consultation n’aura duré que 5 minutes, mais l’annonce vaut toutes les attentes du monde: pas besoin de repasser sur la table, pas de Sinead O’Connor style si tout va bien, pas de séances prolongées au-dessus de la cuvette.
Je pense alors à Clémence. Ma petite colocataire de 2 jours,  qui elle va y avoir droit à coup sur. Elle commence le 7 janvier. Début d’année en fanfare…
Je quitte Curie le coeur léger ce jour là. Tout me semble beau, même cette fine pluie gelée qui me tombe dessus.
Pour peu, j’hésite à passer chez le coiffeur et me faire raser le crâne, comme un pied de nez à Crépin, mais je me ravise très vite: suis pas certaine que la subtilité soit du goût de tout le monde.
A dans 5 jours… Champagne ou vinaigre?

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3 réflexions au sujet de « J+20 ou quand Noël sonne avec Bonnes nouvelles »

  1. Ophélie

    Petit conseil pour les rayons…. oublie la dentelle quelques semaines et ne porte que du coton… c’est beaucoup moins esthétique certes mais tu souffriras moins des brûlures 😉
    Courage ma belle, tu verras au final ça passe vite et même si tu as des hauts et des bas, quand tu regarderas derrière toi et tu te diras: « wahouuu » j’ai été capable d’endurer tout ça!
    Gros bisous

    Répondre
  2. de araujo catherine

    Bien heureuse de te lire car je me demandais ou tu en étais, en te lisant j’ai l’impression de revivre mon année 2012 à la même période. et comme toi pas de chimio j’ai été rassurée mais l’ablation du sein et depuis j’ai fait une reconstruction mammaire et la vie continue. Je te souhaite une bonne année 2014 bien meilleur que 2013. Plein de bisous et courage le pire est passé.BRAVO

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  3. Bouki

    Tu parle !!! Grade 3 a grade 2…. Il etait en train de remballer ses gaules ce con de crabe. Il s’est enfin aperçu de sa connerie: fait pas le poids pi c’est tout.

    Répondre

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