Verdict: …

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23 décembre 2013

Nous sommes à 8 jours de la fin de l’année. De cette année qui aura été une des plus éprouvantes pour moi, une des plus terribles sur bien des points. J’ai hâte de la clôturer, de la laisser derrière moi sans jamais plus me retourner et de le faire vite.
J’ai de nouveau rendez-vous à Curie aujourd’hui. Nouvelle journée, nouveau médecin. Il fait peur celui là. Suis vraiment pas certaine de l’aimer. Mais je le sais: certains de mes alliés dans ce combat ne me feront pas que du bien. Le Dr S. en est un: oncologue médical, Docteur Cocktail Molotov pour les intimes. C’est lui qui va décider qu’un nettoyage à grandes eaux est nécessaire ou pas.
Après cet ultime entretien, ce sera le début des vacances: je me suis octroyée 2 semaines avec les miens, loin de cette grisaille parisienne qui nous pèse de plus en plus.
Je devrais d’ailleurs déjà être partie depuis 3 jours; ma petite famille m’a devancée. Mais avec ce rendez-vous, je leur retirais 3 précieuses journées de vacances à m’attendre. Et ça, il en était hors de question. Je les rejoins ce soir: après ma visite avec le Dr S., je passerai au bureau, finir quelques dossiers, puis j’irai prendre mon train en fin de journée.
J’arrive donc à Curie ce jour là avec ma grosse valise: je distingue certains regards interrogateurs, se demandant sûrement pour quel type d’hospitalisation et de durée j’ai besoin d’un bagage pareil. C’est vrai après tout: y a que moi pour débarquer avec une valise king size dans un hôpital et d’en avoir besoin pour toute autre chose. En temps normal, j’imagine que gros bagage = long séjour à Curie. Pourvu que je n’ai jamais à le faire.
J’arrive, non sans mal, à accéder à la salle d’attente du service d’oncologie. Cet hopital est un véritable labyrinthe et même si tout y est plutôt bien fléché, c’est un long dédale de couloirs, escaliers, palliers, semi-palliers à n’en plus finir.
En arrivant, je fais face à un nouveau choc: les patients. Cette fois, la face immergée de l’iceberg sort la tête de l’eau et le corps tout entier. Toutes ces femmes, sans cheveux, amaigries, affaiblies…Certaines sont jeunes, très jeunes, bien plus que moi même. J’aurais dû m’en douter, m’y préparer davantage: quand tu passes par l’oncologie, c’est rarement pour faire joli; et ce poison qu’on t’injecte dans les veines pour mieux te remettre sur pied fait vraiment de gros dégâts. Je les vois aujourd’hui. Ils me sautent au visage agressivement.
Je prends alors conscience de ce que j’avais sans doute minimisé jusqu’ici: je suis malade, vraiment. Pas juste un petit bobo qui guérit tout seul à coup d’aspirine ou d’une ribambelle d’antibiotiques…. un cancer! Et le mien, quoi qu’en disent certains, tue encore plus de 12 000 femmes par an!
« Oh mais, c’est rien le cancer du sein! Ça se soigne super bien! T’as de la chance! »… combien de fois je l’ai entendue cette phrase assassine… Elle est tellement absurde.
Une opération, des cicatrices partout, des batteries d’examens, de la radiothérapie… 33 séances!, peut être de la chimiothérapie, des vomissements, l’alopécie, les ongles qui s’abîment et/ou qui tombent, des angoisses, des peurs et des pleurs, de la grosse fatigue…. ouais…quelle chance j’ai, en effet!
J’attends sagement, comme d’habitude. J’ai appris ce qu’était la patience depuis quelques semaines: attendre pour passer les examens, attendre pour leurs résultats, attendre pour guérir….
Au bout d’une petite demie heure, c’est enfin mon tour. Le Dr S. me reçoit.
Mon Dieu, comme elle n’a pas l’air drôle! Elle colle bien à sa spécialité. Elle est d’un âge plus avancé que ses consoeurs et confrères rencontrés jusqu’à présent; les cheveux poivre et sel, l’air sévère, une pointe d’accent germanique. Va falloir te tenir à carreau Crépin, parce que la p’tite dame là, elle va sûrement pas te faire de cadeau!
Encore une fois, je dois me déshabiller et arborer mes cicatrices; encore une fois j’entends les mêmes termes techniques…
– « Rhabillez-vous! » me dit-elle sur un ton ferme.
Autant vous dire que je ne lui laisse pas le temps de répéter son ordre.
Je viens m’asseoir timidement en face d’elle.
– « Bien!… Après discussion avec l’équipe…. » (j’inspire profondément et reste en apnée)… « … nous avons décidé d’un commun accord que la chimiothérapie n’était pas nécessaire dans votre cas. » (Je souffle enfin et vide mes poumons comme jamais).
– « D’accord… » (si j’osais, je lui sauterais au cou).
– « Aussi, nous n’aurons pas besoin de vous poser de PAC… »
– « Euh… il a déjà été posé Docteur, lors de la tumorectomie »
– « Ah… et bien ils sont allés un peu vite en besogne. Mais ce n’est pas grave. Cela ne vous gênera pas pour les rayons. Vous allez donc le garder et dans 6 mois, lorsque vous repasserez écho et mammo de contrôle, si tout est en ordre, nous vous le retirerons sous anesthésie locale. »
– « D’accord… » elle m’impressionne tellement que je n’arrive pas à sortir autre chose que ces 2 mots.
– « À l’issue du traitement de radiothérapie, il vous faudra prendre un traitement par hormonothérapie durant 5 ans: votre cancer étant hormono dépendant, il est impératif de bloquer chez vous la production des hormones auxquelles vous êtes réceptive. Cela se fera sous forme de cachet à prendre quotidiennement: le Tamoxifène. »
Je connais ce nom. Je l’ai lu sur divers blogs de « copines cancéreuses »; et de mémoire, les avis sont tout de même très partagés à son sujet: effets indésirables et secondaires pas super glamours… notamment, le gros risque de cancer de l’utérus, il me semble.
Il faut impérativement que j’intensifie mes recherches à ce sujet. Mais pour l’heure, je savoure cette annonce.
Je passe à travers la chimio; j’y échappe… momentanément déjà; peut être même pour toujours. C’est un réel soulagement. Pas tant pour moi, mais pour mes loulous surtout et mon chéri: ma grande appréhendait tellement de me voir malade et sans cheveu… elle va être aux anges. Et imposer à mon homme une vision de moi diminuée à ce point, ne m’enchantait que moyennement.
Le Dr S. me regarde, me fait un sourire (Allelujah!) et me lâche un:
– « Passez de bonnes vacances et profitez de cette bonne nouvelle en famille ».
Je lui rends son sourire et la remercie chaleureusement.
– « Je ne vous dis pas ‘À bientôt’ docteur, ni ‘Au plaisir de vous revoir’, mais je pense que vous ne m’en tiendrez pas rigueur.  »
Elle me sourit de nouveau et m’adresse un clin d’oeil entendu.
Je sors de l’hôpital, traînant ma valise derrière moi. Elle me semble si légère désormais.
La journée de bureau passe vite, très vite. Mon voyage en train aussi. Quand j’arrive auprès des miens ce soir là, il est tard et les enfants dorment déjà. J’ai hâte d’être à demain pour annoncer la nouvelle à ma fille. Je me couche sereine cette fois-ci, parce que même si je sais que ce combat n’est pas terminé et qu’il peut rebasculer à tout moment, je reste persuadée que je suis du bon côté de la barrière.
Le lendemain, quand ma Lou débarque dans notre chambre en réclamant un câlin qui lui a manqué depuis 3 jours, je lui annonce la bonne nouvelle. Ses yeux s’illuminent, son visage aussi.
– « Tu sais, ma chérie, je t’avais parlé de ce produit qu’on allait peut être devoir me donner pour tout nettoyer correctement et qui allait sûrement me rendre un peu malade et faire tomber mes cheveux… »
Elle me regarde et timidement, craintivement me répond:
– « …. oui… »
– « Et bien…. je ne vais pas en avoir besoinnnnnnn »
– « …. OUAIIIIIS!!! OUAIIIIIS!!! OUAIIIIS!!! » me répond elle dans un large sourire, en me serrant contre elle.
Elle a compris; compris qu’elle n’aurait pas à subir la vision d’une maman sans cheveu ou malade; compris que sa vie si courte encore de petite fille allait pouvoir reprendre un cours normal.
Quand je sens son petit corps contre le mien ce matin là, je prends conscience, plus que jamais, comme je l’aime et comme elle est, avec son frère, la plus belle des motivations dans ce combat.

Maman revient dans la course mes Amours… je vous aime.

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4 réflexions au sujet de « Verdict: … »

  1. Oriane DeSitael

    Votre témoignage me touche beaucoup car je sors à peine de cette saleté de maladie, et même en ayant tout subie, j’en sors très forte. Prenez bien soin de vous, vos enfants doivent êtres fières de vous ❤

    Répondre
    1. valoubilou Auteur de l’article

      Merci pour votre témoignage Oriane. J’ai cru comprendre qu’en effet vous aviez très récemment traversé cette épreuve et que vous en étiez sortie victorieuse. Prenez soin de vous également et restez la personne formidable que vous êtes (j’ai mes indics lol) ❤

      Répondre

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