Odyssea 2014…. Dossard 30526

J’aurais mis du temps à l’écrire ce nouvel article. Presque une année en somme. Mais j’avais besoin de souffler, de m’extraire de cet environnement qui m’a usée pendant tous ces mois: oublier, reprendre une vie normale… et puis, j’ai eu envie et besoin de poursuivre ce blog. Parce que cette saloperie ne quitte jamais mes pensées… jamais.
Nous sommes le 4 octobre 2014. Demain, je vais courir. Mais pas juste courir pour le plaisir, comme ça, après rien, comme je le fais parfois; nan, demain je cours pour Odyssea, édition 2014.
Chaque année, une course rassemblant des milliers de personnes, hommes, femmes ou même enfants, a lieu en plein Octobre rose, afin de récolter des fonds pour lutter contre le cancer du sein. Ce sont en réalité plusieurs courses, puisqu’elles se déroulent un peu partout en France.
Cette année, je veux en faire partie; c’est plus qu’une course pour moi; c’est tout un symbole: la cause d’abord, qui forcément ne peut me laisser indifférente: cette saloperie pollue beaucoup de mes pensées depuis maintenant 1 an, même si le plus gros est maintenant derrière moi… il y a 1 an, justement, je venais de découvrir qu’un crabe se cachait en mon sein et je ne savais pas si 1 an après, je serais toujours là; et aujourd’hui, je suis là, noyée au milieu de milliers d’anonymes, certains ayant sûrement eu leur Crépin à eux, certains ne l’ayant jamais rencontré… et je m’apprête à courir 10 kms pour me sentir vivante et conjurer le mauvais sort.
Tout le monde porte le fameux t – shirt rose, emblème de la cause. Certains portent des banderoles en hommage à celles qui ont perdu la bataille. L’émotion est palpable, intense, limite insoutenable. Je me sens au bord des larmes: tous les souvenirs ressurgissent, un à un, avec violence même parfois. Toutes mes angoisses, mes peurs, mes doutes sont là aussi, comme pour me rappeler que la maladie n’est pas si loin et qu’elle peut décider de revenir quand elle le veut.
Je me renferme, m’isole dans ma bulle au milieu de cette foule euphorique. Je n’y arrive pas. Impossible de partager ce moment de joie avec eux. Il me semble si sombre ce rassemblement et je me sens si seule….
La concentration s’installe. Faut que je la tienne cette course: 10 kms c’est rien mais au risque de faire rire, je n’ai jamais atteint cette distance et la veille, mon entourage me l’a bien rappelé. Ils se trompent… parce que je vais y arriver. Ils vont voir…
Je suis en avance pour une fois. Mes écouteurs vissés sur les oreilles, la concentration s’installe. Des hauts-parleurs hurlent des choses que je n’entends pas. Tout le monde sourit et rit à foison. J’envoie un petit texto à mon petit frère et à mes amies Caro et Chrys: j’aurais tellement aimé qu’ils soient là, avec moi, pour partager cet événement… la prochaine fois. Ils me l’ont promis.
Le départ approche. Les lignes humaines devant moi avancent plus vite, le rythme s’accélère. Je ne marche plus maintenant, je trottine; puis mes foulées s’enchaînent. C’est parti!
Les mètres puis les kilomètres avancent. Je ne les vois pas. Je repense à tous ces mois, ces examens, ces piqures et ces biopsies, ces cicatrices, mes peurs qui ne me quittent finalement jamais… et si je retombais, et si je rechutais, et si pire encore…
L’émotion ne redescend pas. Elle me tenaille l’estomac, la garce! Mais je ne lâcherai pas.
Un pied après l’autre… avancer… respirer… venir à bout de chaque kilomètre comme de chaque épreuve lors de cette dernière année.
Je relève la tête: des centaines de personnes jalonnent le bord du parcours. Ils nous applaudissent, nous encouragent avec un sourire, comme si, d’un geste entendu, ils comprenaient.
Mon regard se pose sur un papa et ses 2 enfants qui portent fièrement une grande banderole. Il y est écrit: « Allez Maman! « . Mon souffle se coupe. Mes yeux s’embuent.
Nan pas maintenant! Faut pas craquer maintenant! Reprends toi Val!
Je tente tant bien que mal de reprendre mes esprits et une respiration normale.
Non sans mal, j’y parviens au bout d’une centaine de mètres. C’est bon… on continue.
Les kilomètres continuent de défiler… aucune souffrance, aucun essoufflement. Je m’étonne moi même. C’est dingue comme l’on peut être porté par les autres; par cette force invisible qui vous tient debout.
Kilomètre 5…. petit ravitaillement: j’avale un grand verre d’eau et cale dans chaque main quelques fruits secs. Ils me tiendront compagnie jusqu’à l’arrivée.
Kilomètre 8… les articulations de mes chevilles et de mes genoux commencent à me rappeler à la réalité. T’es plus toute jeune ma poule! Et fallait mieux t’entraîner!
Kilomètre 9… ça y est, j’y suis presque. La pression monte; et avec elle, cette émotion qui ne me lâche pas depuis le départ. Elle veut sortir. J’ai de plus en plus de mal à la contenir.
Kilomètre 9.5… mon portable sonne de nouveau… c’est mon homme… il m’a envoyé une photo de mes enfants tenant une feuille sur laquelle je peux lire: « Allez maman! T’es la plus forte »… c’en est trop.
Kilomètre 9.7… mes larmes montent… j’y suis presque! Allez!! Les applaudissements et encouragements se font plus intenses, plus forts, à tel point que je n’entends même plus le son qui sort de mes écouteurs.
Kilomètre 9.8… mon souffle se coupe. Ma gorge se noue. Ma respiration se fait désormais dans une sorte de râle asthmatique. Je cherche mon air… vite, par pitié vite.
Kilomètre 10… Au moment où je passe la ligne d’arrivée, j’explose. Incapable de retenir mes larmes, je m’effondre. J’ai réussi. C’est sûrement bête, idiot, débile, ou n’importe quoi d’autre, mais encore une fois, c’est symbolique. C’est fini. J’ai vaincu.
Dans un sursaut de lucidité, j’appelle mon homme pour lui dire. J’ai besoin d’entendre sa voix, mais lorsqu’il décroche, je ne peux m’empêcher de craquer de nouveau. Cette victoire, elle est pour lui aussi; pour mes enfants; pour tous ceux qui ont vécu cette épreuve à mes côtés, en m’aidant et me soutenant de leur mieux. Pour ceux qui ont eu peur pour moi. Pour ceux qui ont pleuré pour moi… pour vous tous qui, à votre manière, avec vos mots, vos regards, vos gestes ou vos sourires, avez su me relever quand je glissais, me rassurer quand le doute assombrissait tout, m’assurer que la victoire serait pour moi et qu’il ne pouvait en être autrement.
Je reprends le chemin de mon chez moi, vidée mais apaisée. Je n’ai qu’une envie en tête: serrer fort ma famille contre moi et leur dire combien je les aime et combien leur amour m’est précieux.
À l’année prochaine….

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6 réflexions au sujet de « Odyssea 2014…. Dossard 30526 »

  1. Andrea

    Valerie? Je suis fier de toi tu es une bâtante . Laisse jamais cette flamme et cette rage de vaincre disparaître.
    Jerome et tes enfants sont fiers d’avoir une épouse et maman comme toi. J’espère te voir en chaire et en os une x en Suisse. Un bacio

    Répondre
  2. gaelle

    Que d’émotion, une fois de plus, en lisant ce post.
    Toutes mes félicitations pour ce 10 km.
    Ma maman ayant également affronté (et vaincu) ce crabe à 2 reprises, je ne peut être insensible à cette mobilisation.
    Je ne connaissais pas cette course à pied avant votre billet. Cela m’a donné envie de faire des recherches pour voir si ce type d’évènement était proposé dans ma région. Bingo! Il y en avait une à Cannes le 20 Septembre. A 40 minutes de chez moi
    Ni une, ni 2, je me suis inscrite aux 5km.
    Dimanche, j’ai donc courru les 5 km Odysséa de Cannes.
    Beaucoup d’émotion palpable également. Le challenge à été difficle, mais j’ai réussi. Je l’ai fait. Pour elle, pour vous, pour nous toutes.
    Merci de m’avoir donné l’idée et la motivation.

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  3. Khaoula S

    Je ne sais pas si aujourd’hui vous êtes toujours la , j’écris ça avec les larmes qui me monte aux yeux…
    Chez moi, cette année sera dédier à faire profiter le plus de femme possible à un dépistage, surtout dans les endroits isolés, c’est l’action commune des Léo clubs en Algérie !
    Je ne sais pas ou vous vous trouvez actuellement, j’éprouve même de la culpabilité de ne pas le savoir…
    Cette annee et tant qu’on le pourra, nous nous battrons contre cette saloperie !

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